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Atelier virtuosité: 10 et 11 janvier 2008 Version imprimable

Virtuosité

ou les sublimes aventures de la technique

Escher à Légoland ? La virtuosité semble pouvoir caractériser des objets ou des performances en apparence très disparates: la musique (composée ou interprétée), la peinture, le jonglage, la fabrication artisanale de mécanismes complexes, la prestidigitation... Est-il possible de dépasser les différences manifestes induites par la variété de ces expériences, pour aborder la virtuosité en tant qu'objet d'étude anthropologique ? Ce n'est pas la manière dont elle est (ou non) appréciée qui nous intéressera mais sa nature même: comment la technique acquiert-elle, parfois, ce statut en apparence autonome ?

L’objectif de cet atelier ne sera pas de figer le terme par une définition. Il s'agira plutôt de saisir la manière dont la virtuosité s'articule à des notions voisines comme la difficulté (ou la facilité), la prouesse, la compétition, la fantaisie, le génie ou encore, la dérision. A travers des études de cas, nous tenterons de comprendre la virtuosité en tant que mode de relation aux êtres et aux choses.

10 et 11 janvier 2008. Musée du Quai Branly, 37 Quai Branly, 75007 Paris

Coordination: Victor A. Stoichita, Emmanuel Grimaud, Graham Jones.

Programme

NB: vous pouvez imprimer cette page en utilisant l'icône en haut à droite du titre.

Jeudi 10 janvier

9h30 Introduction (Victor A. Stoichita, E. Grimaud, G. Jones) 

9h45 Denis Laborde: L’ermite et le virtuose. Glenn Gould et Georges Cziffra en figures de l’ascèse pianistique.

10h45 Pause café 

11h00 Lee Siegel: Illusions of Virtuosity: On the Street Magicians in India.

12h00 Victor A. Stoichita: Musique, tissage et pièges à pensée.

13h Déjeuner

14h30 Aurélie Helmlinger: « Sharing licks » : La virtuosité dans les steelbands de Trinidad et Tobago.

15h30 Emmanuel Grimaud: L'impossible en action. Cascades, cascadeurs et doublures sur un plateau de cinéma.

16h30 Pause café

16h45 Antoine Hennion: Virtuosité ou performance: révéler la musique ?

Vendredi 11 janvier

9h30 Alvin Panjeta: La virtuosité au violon.

10h30 Pause café

10h45 Graham Jones: Virtuosity as Virtue and Vice in American Gospel Magic.

11h45 Entretien avec Tran Quang Hai, virtuose du chant diphonique et d'autres instruments.

12h45 Déjeuner

14h15 Stéphane Rennesson: Du geste technique à l’évènement sportif.

15h15 Denis Vidal: Supple virtuosities.

16h15 Pause café 

16h30 Discussion finale.


* * *

Résumés

L'impossible en action. Cascades, cascadeurs et doublures sur un plateau de cinéma

par Emmanuel Grimaud (CNRS - LESC)

L’ethnographie des studios de cinéma montre l’extraordinaire ingéniosité dont ont fait preuve les techniciens tout au long de l’histoire du cinéma pour rendre matériellement possible l’impossible et repousser toujours plus loin les limites de l’impensable. Si l’impossible a une périodicité qui lui est propre, il trouve toujours l’inspiration pour se renouveler à la limite des techniques existantes, qu’il s’agisse de faire sauter une voiture par-dessus une montagne ou de faire voler un acteur de la terre a la lune sans aucun appareil. Autant d’actions faciles à imaginer et qui furent difficiles à réaliser concrètement à une certaine époque, mais auxquelles les cinéastes ont trouve très vite des solutions techniques. La plupart des actions impossibles, pour être réalisées, supposent une ingéniosité partagée et la coordination d’un coordinateur de cascade, d’un superviseur d’effets spéciaux et parfois de doublures, en plus des acteurs. Les premières publicités promouvant le cinématographe ont largement tiré partie du fait qu’un acteur n’avait pas forcement besoin d’avoir effectué physiquement une cascade pour donner l’impression de l’avoir effectuée véritablement. La virtuosité d’une cascade (film stunt) résiderait donc ailleurs que dans la performance physique de celui qui l’effectue et elle s’accompagne volontiers au cinéma de trucages, de techniques de camouflage et de simulation. À partir de quelques exemples de making of de cinéastes au travail, on se demandera en quoi le dispositif cinématographique a rationalisé l’impossible dans un corps de techniques, faisant de lui un problème essentiellement optique. Et on cherchera a saisir comment la virtuosité se pose (ou, au contraire, ne se pose pas) à ceux qui sont chargés sur un plateau de régler méticuleusement l'enchaînement des actions présumées infaisables et qu’on appelle le stunt département.


« Sharing licks1 » : La virtuosité dans les steelbands de Trinidad et Tobago.

par Aurélie Helmlinger (ATER, Paris X Nanterre)

Les steelbands, orchestres composés d’une section rythmique et d’une variété de pans –idiophones mélodiques issus de la récupération de bidons de pétrole– s’expriment largement dans le cadre de compétitions nationales, la plus importante d’entre elles étant le Panorama, au moment du carnaval. Composés essentiellement de musiciens non professionnels, les différents groupes, et corollairement les différents quartiers, mais aussi les individus, y jouent leur statut, leur prestige. La métaphore guerrière est de mise, on pourrait d’ailleurs parler de guerre de virtuosité, tant la surenchère de la compétition associée à l’exubérance du carnaval ont forgé une forme orientée vers la recherche de domination et le goût de l’excès. Cette contribution viserait à exposer les ressorts utilisés pour mettre en scène la supériorité revendiquée, bien exprimée dans le texte du calypso « Sharing licks », qui promet de « cut ass tonight2 » aux concurrents.

On présentera d’abord brièvement le rôle des compétitions, si central dans le paysage musical de ce petit pays du sud des Antilles. On détaillera ensuite les différentes façons d’exprimer la virtuosité du groupe, à travers les arrangements (long runs –succession ininterrompue de doubles-croches–, longs breaks), l’orchestration (nombre de musiciens, d’instruments différents, de bidons par instrument, de notes par bidon), l’interprétation (rapidité, gestion de l’intensité sonore) et la mise en scène (direction par un « chef d’orchestre », feux d’artifices, fumigènes). On verra ensuite comment l’individu met en œuvre sa propre virtuosité, dans la mémorisation (rapidité d’apprentissage, cumul de groupes, polyvalence instrumentale) l’interprétation (théâtralisation, acrobaties, interaction) et les défis de l’autorité (dérision).

L’exposé sera illustré d’exemples vidéo pour illustrer le propos.

Notes:  

1 « Distribuer des claques ».

2 « Couper le cul cette nuit ».


Virtuosité ou performance : révéler la musique ?

par Antoine Hennion (École des Mines de Paris)

En comparant quatre morceaux de musique tirés du répertoire classique, de l'opéra, du jazz (plus spécifiquement du bebop) et du rock, et typiquement considérés comme étant représentatifs d'une conception de la virtuosité propre à leur genre par les amateurs ou les professionnels concernés, cette contribution s'interrogera sur le contraste entre deux définitions idéal-typiques de la virtuosité, et tentera de le remettre en question.

D'un côté, la virtuosité est considérée, souvent sur un mode négatif, comme une prestation à destination du public faisant montre d'une exceptionnelle habileté sur le plan de la technique vocale ou instrumentale, en particulier par la vitesse d'exécution — et depuis les origines, ces "numéros" sont à la fois admirés comme démonstrations d'un don quasi divin, et condamnés comme une perversion quasi diabolique de la performance musicale. D'un autre côté, pousser les choses à leurs limites est un besoin impérieux de la pratique musicale, et cela conduit à envisager une nécessité plus complexe, interne, de la virtuosité, alors considérée comme une mise à l'épreuve corporelle et risquée du pouvoir de la musique et des capacités mystérieuses des musiciens, poussés au point extrême où ils révèlent leurs ressorts ou leurs limites. Comme on peut le constater à partir de cette formulation même, ces deux façons de décrire la virtuosité ne sont pas si contradictoires, et une évaluation faisant le tri entre elles ("virtuosité pour elle-même" versus "virtuosité au service de l'œuvre", par exemple, pour reprendre un lieu commun) est plus facile à faire ex post, une fois le concert terminé, qu'en cours de performance, pendant laquelle le départ entre des modes de jeu n'est pas si facile à faire. Dans la mesure où la question du statut de la virtuosité a souvent été posée par les musiciens, l'essentiel de la contribution sera une enquête réflexive sur la manière dont eux-mêmes s'accommodent de cette ambivalence constitutionnelle de la virtuosité.

Virtuosity as Virtue and Vice in American Gospel Magic

par Graham Jones (Lecturer in Humanistic Studies Princeton University)

Like performers in other genres, most entertainment magicians strive to cultivate virtuosic skill. By contrast, gospel magicians, Evangelical Christians who use magic tricks as part of their ministry, feel a profound ambivalence about technical prowess: does virtuosity run contrary to Christian injunctions against self-glorification or is it a necessary part of glorifying God through art? This presentation explores these questions drawing on recent field research among gospel magicians in the contemporary US. Of course, ambivalence about virtuosity is common to many expressive domains, but the particular theological pressures impinging upon gospel magic make debates about the moral implications of individual talent particularly salient.


L’ermite et le virtuose. Glenn Gould et Georges Cziffra en figures de l’ascèse pianistique

par Denis Laborde (CNRS – LAIOS - EHESS)

Ils furent contemporains et jamais ne se rencontrèrent. L’un vivait en ascète dans l’Ontario, l’autre retiré à Senlis, près de cette chapelle Saint-Frambourg dont il fit le siège de sa fondation. Glenn Gould (1932-1982) et Georges Cziffra (1921-1994) incarnèrent, à la fin du XXe siècle, deux figures antagoniques du pianiste.

Le premier, retiré des scènes de concert dès 1964, se consacra jusqu’à sa mort à l’enregistrement en studio pendant que les films de Bruno Monsaingeon lui assuraient une audience mondiale. Le second, issu d’une famille de musiciens Roms, traversa l’Europe et les scènes où s’expose la virtuosité de l’enfant prodige avant de connaître la guerre et les camps, et les travaux forcés. A sa sortie de Hongrie, de longs mois d’ascèse lui furent nécessaires pour rendre à ses doigts leur virtuosité perdue. Elle leur fut rendue. Mais, dès lors, l’appréciation portée sur sa technique fut inséparable de la mise en récit de sa biographie. La célèbre émission de Jacques Chancel, Le Grand Echiquier, fit de lui, au cœur des années soixante-dix, le « pianiste du siècle », la « réincarnation de Franz Liszt », le « pianiste des pianistes »... Comment dégager cependant la figure du pianiste acrobate se jouant du Vol du Bourdon avec une rapidité que jamais ses pairs ne purent égaler de l’artifice de cette virtuosité montrée sur les plateaux de télévision ? Ses détracteurs critiquèrent l’exubérance des acrobaties et entourèrent ce jeu pianistique de suspicion.

Les avis sur Glenn Gould furent tout aussi contrastés. Les uns louèrent son esprit libre en argumentant de cette distance salvatrice qu’il prenait avec les interprétations canoniques des partitions de Bach. Les autres lui reprochèrent un jeu débridé et une stratégie de communication qui le faisait se replier sur Bach faute de maîtriser la virtuosité qui lui aurait permis d’aborder le grand répertoire pianistique.

Ces deux figures de pianistes nous permettront d’examiner comment une idée culturellement constituée de virtuosité trace la ligne de partage entre l’exubérance et l’ascèse, entre une virtuosité montrée et une intimité préservée. Nous apercevrons alors la difficulté qu’il y a à isoler la virtuosité de tout un ensemble de croyances avec lesquelles elle joue d’équilibre réciproque. Ce parti pris centré sur un holisme des représentations nous fera alors considérer que la virtuosité n’a pas son siège dans les doigts du pianiste, mais dans l’œil ou dans l’oreille de quiconque voit ou entend « de la virtuosité » dans le jeu du pianiste. Loin d’être une propriété naturelle des situations observées, la virtuosité est bien une construction culturelle de nos sociétés qui, dans ces deux cas, a pris le pianiste et son piano pour cible et pour prétexte.


La virtuosité au violon.

par Alvin Panjeta (doctorant à l'EHESS)

Si les arts, et en particulier la musique, sont des domaines auxquels la virtuosité est fortement associée, les acrobaties des violonistes en sont l’un des exemples les plus représentatifs. Les innombrables difficultés techniques de la pratique violonistique rendent particulièrement malaisé la maîtrise de l’instrument en général, et de plus forte raison lorsque s’y ajoute la rapidité d’exécution. La vélocité suffit souvent à elle-même à définir la virtuosité au violon, mais d’autres particularités de jeu (doubles cordes, positions hautes, différents coups d’archet…) peuvent s’y ajouter, et l’amplifier.

Nous nous efforcerons ici de circonscrire la virtuosité telle que nous la rencontrons sur le terrain de nos recherches, en essayant de rendre compte de la gêne dont elle fait l’objet, et qui participe de la versatilité de la notion. Nous scruterons ainsi les phénomènes d’évaluation de la virtuosité, très différents selon les acteurs et les situations en présence. Cette notion vacille en effet constamment entre deux pôles : d’un côté le plaisir physique, et le sentiment de réussite du virtuose, qui emploie toute son habileté technique à ce qui s’apparente parfois à une démonstration de force, socialement valorisée auprès d’un certain public, et institutionnellement récompensée (prix de virtuosité, concours internationaux), et de l’autre, le véritable gouffre artistique qu’elle représente en tant que technicité professionnalisée, considérée comme juvénile, et opposée à ce qui relève d’un engagement émotionnel sincère, du « cœur » de l’interprète. Mais nous pourrons aussi nous interroger sur une éventuelle troisième voie que nous donnerait à entendre cette vox technici, à savoir une forme d’épuisement axiologique au sommet des capacités humaines. 

Bibliographie indicative :

  • Amoyal P., Pour l'amour d'un stradivarius, Paris, Laffont, 2004.

  • Cizeron J., "La Technique violonistique d'après les traités baroques", Défense et illustration de la virtuosité, Lyon, PUL, 1997, 63-80.

  • Haendel I., Woman with Violin, London, Gollancz, 1970.

  • Hoppenot D., Le Violon intérieur, Paris, Van de Velde, 1981.

  • Kremer G., Une enfance balte, Arles, Actes Sud, 1999.

  • Laborde D., De Jean-Sébastien Bach à Glenn Gould, Magie des sons et spectacle de la passion, Paris, L'Harmattan, 1997.

  • Martens F. H., Violin Mastery : interviews with Heifetz, Auer, Kreisler and others, New York, Dover Publications, 2006 [1919].

  • Mauss M., "Les Techniques du corps", Sociologie et anthropologie, Paris, PUF, 2004 [1936], 363-386.

  • Menuhin Y., Unfinished Journey, London, Pimlico, 2001.

  • Penesco A., "L'estro paganiniano et son empreinte jusqu'à nos jours", Défense et illustration de la virtuosité, Lyon, PUL, 1997, 165-177.

  • Stern I., Mes 79 premières années, Paris, Nil, 2000.

  • Stowell R. (ed.), The Violin Book, London, Balafon, 1999.

  • VanClay M. (ed.), 21st Century Violinists, I, San Anselmo, String Letter Publishing, 1999.

  • Wagner I., La production sociale des violonistes virtuoses, thèse de doctorat, EHESS, 2006.


Du geste technique à l’évènement sportif

par Stéphane Rennesson (post-doctorant, Musée du Quai Branly)

Quelle place tient l’excellence technique dans les résultats sportifs ? En explorant rapidement différentes disciplines présentant des dispositifs empiriques très différents telles que la boxe, l’athlétisme, le football, l’escalade, le patin à glace, le tennis de table etc., en confrontant les gymnastiques grecques et le cirque sportif contemporain, il s’agira d’observer de quelles manières la virtuosité émerge ou non des différentes échelles et unités d’action sportive (le geste, l’action, l’enchaînement, le jeu, le set, la manche, la mi-temps, le match…) pour ensuite se propager ou non de l’une aux autres.


Illusions of Virtuosity: On the Street Magicians of India

par Lee Siegel (University of Hawai)

There are magicians, familiar to us in Europe and America, who, as a feature of their performances, purposefully demonstrate their virtuosity, showing off their dexterity with cards, coins, and other common objects.  This is to assure audiences of their advanced mastery of the techniques of sleight-of-hand, and to impress, amaze, and entertain those audiences with such displays of virtuosity.

The street magicians of India, members of an itinerant and hereditary Muslim caste, on the other hand, try to convince their audiences that they have no virtuosity whatsoever, even that they are a bit inept.  This is so that, in the progression of their performance, the spectator might imagine, and even possible believe, that something miraculous has actually occurred through an uncanny  power that the magician has invoked not by means of any skill, but rather through a secret knowledge that has been handed down from father to son over the centuries.  And then it is announced that a portion of that power is manifested in the rings and amulets that the magician will sell after his performance.  The virtuosity of the street magician is, and must be, invisible.  It characterizes not his talent in the techniques of prestidigitation, but rather his skill as a dramatic actor and, as such, a cunning salesman.

Having lived, traveled, and performed with the street magicians of India, I would like to demonstrate several illusions from their traditional repertoire, including, if there are any volunteers, a decapitation, and then, hopefully, if all goes well, a recapitation.


Musique, tissage et pièges à pensée

par Victor A. Stoichita

Je proposerai une comparaison entre la virtuosité des musiciens professionnels moldaves et un certain type de tissage, produit dans le même région. Le rapprochement s'appuiera sur plusieurs caractéristiques de cette musique et de ces tissus particuliers:

  • l'une comme les autres sont produits par des spécialistes, afin d'être vendus;

  • ces spécialistes maîtrisent des techniques particulières, dont la compréhension même échappe à leurs clients;

  • la composition des objets (tissus d'une part, performances musicales de l'autre) est modulaire et modulable; elle repose sur de petits motifs, combinés de diverses manières;

  • par leurs propriétés structurelles, ces agencements sont des « pièges à pensée » (au sens de Gell 1998: 66-94).

Les musiciens professionnels sont explicites: construire de tels pièges, dans lesquels l'écoute s'engage puis se perd, est l'essence de la virtuosité (virtuozitate). Celle-ci est synonyme de ruse (şmecherie) et de malice (ciorănie), termes plus usuels, d'ailleurs, dans leur vocabulaire.

Les tisus, eux, ne sont pas dits virtuoses (ni les tisserandes rusées). Ils sont pourtant conçus, à l'instar des mélodies, pour perdre le regard et troubler la perception. Si la musique permet la virtuosité alors que cette notion ne fait pas sens pour le tissage, est-ce le fait des objets et de leur mode de production, ou bien est-ce le fruit d'une différence de perspectives sur la technique et les motivations qui la sous-tendent?


Supple virtuosities

par Denis Vidal (Directeur de recherches IRD - EHESS)

Roboticists have recently rediscovered what engineers, great artists and  ingenious craftsmen have always known - that virtuosity  is not necessarily synonymous with self-command or with the control of others, whether living beings, complex machines or simples artefacts. In fact it often relies on the opposite - on supple forms of interplay with others, where the real or apparent freedom of each contributes, sometimes paradoxically, to enhance the  stability of the whole. This is at least what I will try to demonstrate through the work of painters, artists, and craftsmen whose creativity is explicitly based on such a logic. 


 
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